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David Guetta : DJ platonicien ?

La musique, c’est des mathématiques.  

Dans une interview au site Konbini, le DJ français David Guetta a évoqué sa méthode de travail et ses éventuelles recettes du succès lui ayant permis d’enchaîner les tubes. Celui qui s’est produit le 31 décembre au pied de la pyramide du Louvre. Devant 16 millions de spectateurs virtuels a exposé une théorie somme toute assez philosophique de la composition musicale.

Etablissant un lien entre harmonie musicale et « formules » chiffrées permettant de toucher le plus grand nombre. « L’émotion dans la musique est générée par:

  • la distance qu’il y a entre les notes,
  • et la distance elle se mesure en chiffres », assure-t-il. 

Cette conception mathématique de la création sonore n’est pas sans rappeler celle de Platon. Pour qui le compositeur doit « se demander quels sont les nombres harmoniques et ceux qui ne le sont pas, et d’où vient cette différence »

Alors, David Guetta et Platon, même combat ?

 

  • À 53 ans, David Guetta est aujourd’hui considéré par certains comme le plus grand DJ au monde. Que l’on apprécie ou pas le style de musique l’homme a aussi son lot de détracteurs. Il est incontestable que l’artiste plaît. Fort notamment de collaborations qui ont fait danser des centaines de millions de personnes (Hey MamaTitanium, etc.). Guetta collectionne les tubes depuis maintenant une vingtaine d’années, aussi bien en tant que compositeur que comme producteur. Y aurait-il un secret à sa réussite ?

  • Dans son interview vidéo à Konbini, il évoque de façon assez surprenante ce qui, selon lui, permet à une chanson plutôt qu’à une autre de plaire.

  •  « La musique, c’est des mathématiques. Quand j’étais jeune, je n’aimais pas du tout la musique classique. Ça ne m’a jamais touché parce que j’avais besoin que la musique me fasse danser. Aujourd’hui, je suis capable d’en écouter, parce que je retrouve certains schémas, qui sont des schémas mathématiques. Je ne veux pas dire qu’il y a des formules, mais… quand même un peu. » 

  • David Guetta reconnaît malgré tout « ne pas avoir la formule absolue ». En partie du fait qu’il n’ait pas été « formé classiquement »« Je ne suis pas super fort, je n’ai pas l’oreille absolue, je fais encore des erreurs. Mais en fait c’est grâce à cela que je fais des tubes, parfois. »

Tradition pythagoricienne

  • Prolongeant la tradition pythagoricienne, Platon pense déjà que la musique a tout à voir avec les mathématiques. Il analyse le rapport entre harmonie et nombres dans plusieurs textes, dont le Timée. Dans ce court dialogue, Platon raconte que le démiurge qui a créé le cosmos l’a organisé selon des proportions musicales .
  • la rotation des astres,
  • mesurables par le nombre (« une révolution du soleil, deux révolutions… »).
  • C’est le signe que des principes mathématiques cachés régissent la nature. Le monde est ordonné et harmonieux, non seulement au niveau macrocosmique, mais aussi microcosmique. « Les principaux intervalles qui articulent l’échelle sonore sont exprimables par des proportions numériques. De la même façon que les rapports entre les différents éléments du monde sont régis par les nombres ». Explique la philosophe de la musique Brigitte Van Wymeersch dans son article « La musique comme reflet du monde », consacré à Platon.

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Au livre VII de la République, le philosophe grec s’intéresse plus spécifiquement aux compositeurs de musique (les David Guetta de son époque !).

A propos desquels il écrit : 

  • « Ils font la même chose que les astronomes. Ils cherchent des nombres dans les accords qui frappent l’oreille. » 
  • Leur tâche est ainsi de « se demander quels sont les nombres harmoniques et ceux qui ne le sont pas, et d’où vient cette différence ».
  • Certaines mélodies sont plus flatteuses à l’oreille que d’autres car la disposition des sons sur la gamme chromatique est mathématiquement plus ordonnée et rigoureuse. 

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Mais alors, la musique n’est pas affaire de sensation ?

En un sens, si. Pour David Guetta mais aussi pour Platon (quoique dans des termes évidemment différents).

Cette harmonie mathématique est justement ce qui suscite des émotions : « Les mecs vont te dire : “Ouah ! c’est horrible ce que tu dis, la musique c’est un feeling, pas des maths”… Mais en fait, l’émotion dans la musique est générée par la distance qu’il y a entre les notes. La distance elle se mesure en chiffres » .

  • Platon ne dit pas grand-chose d’autre lorsqu’il assure, dans le Timée : « Les sons procurent une sensation agréable aux ignorants et une jouissance raisonnée à ceux qui savent »

Au-delà de la dimension mathématique de la musique, il existe aussi une dimension éthique pour Platon.

La musique permet justement, en harmonisant notre intériorité avec l’ordre cosmique. Réguler nos passions. 

« Les muses nous ont donné la musique comme une alliée de notre âme. Lorsqu’elle entreprend de ramener à l’ordre et à l’unisson ses mouvements périodiques, qui se sont déréglés en nous. » 

D’où l’importance de la musique dans l’éducation, chez Platon. Si tant de gens aiment se trémousser sur la musique de David Guetta, ce n’est peut-être pas pour « dérégler tous leurs sens ».

Comme le professe Arthur Rimbaud, mais peut-être pour trouver une forme d’harmonie intérieure grâce aux sons très rythmés et séquencés de l’électro ou de la house. Après le concert au Louvre, à quand une prestation de David Guetta devant le Parthénon d’Athènes en toge blanche ?

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